mercredi 28 septembre 2016

J'AVAIS BESOIN DE VOUS ECRIRE...

BONJOUR, BONJOUR !


Je n'ai sans doute jamais eu autant de peine à vous écrire aujourd'hui. En effet, il y a un peu plus d'une semaine j'ai perdu un être très cher à mon cœur, très cher à mon âme... 
J'ai perdu l'homme de ma vie et oui je n'ai que 23 ans et j'ai perdu celui que j'aimais le plus au monde. Nous étions ensemble depuis l'année 2004. J'avais tout juste 10 ans et j'ai rencontrer l'amour à cet âge là. Si je vous écrit aujourd'hui c'est parce que j'en ai besoin et c'est même plus qu'un besoin je vous dirai même que c'est vital. Depuis qu'il s'est envolé je me sens tellement vide mais aussi à la fois habité intérieurement. 
C'est une sensation étrange, j'ai le cœur complètement arraché mais je me sent animé d'une force si puissante. Mais avant de vous parlé du pourquoi de cette douleur j'ai envie de vous raconter mon histoire de Notre histoire. Cela fait un moment que je savais qu'il fallait que je vous en parle mais j'en ai jamais trouver le moment et je pense que aujourd'hui il est temps...
J'ai rencontrer Benoît dans l'année 2003 dans un centre spécialisé pour les personnes handicapées situé sur Toulouse. Je me souviens de ce jour là mais plus de la date. Nous étions en classes en CM2 il me semble et tu es arrivé là complètement perdu parmi tout ces gens en fauteuils roulants. J'ai le souvenir que tu te mettais à l'écart du monde et pourtant tu étais toujours assis à côté de moi... A l'époque je ne savais pas ce que tu avais car tu ne te livrais pas beaucoup. Et puis un jour en plein cours je me suis mise à lire un poème que j'avais écris (j'en écris depuis l'âge de 7 ans). Il était pour mon grand-père que je n'ai jamais connu et à cette époque là mes mots étaient encore enfantin et puis je me souviens tout le monde m'a félicité sauf toi ! Tu m'avais dis il est nul ton poème y a même pas de rime moi aussi j'en écrit. Je crois que c'était la première fois que j'ai entendu ta voix. Au départ j'étais frustré de cette phrase mais elle a eu un écho en moi et de suite ça m'a permis d'évoluer.

Et puis environ une semaine plus tard tu as lu Ton poème celui que tu avais écrit pour ton jumeau et je me souviens ce jour là tout le monde à arrêter de parler. Tu n'avais que 10 ans et tes mots ressembler déjà a ceux d'un adulte. 
Suite à cela on à commencer à ce parler à ce connaître au fur et à mesure. Et puis un jour alors que j'allais quitter la classe après une matinée de cours tu m'as attrapé par les cheveux moi bien sûr j'ai crier et toi tu as dis "ahhh j'ai une mèche de cheveux j'ai vu l'épisode de Titeuf je voulais faire comme lui avec Nadia" (je ris encore de cette anecdote).
Puis en Mars 2004, je me fais opérer de mes jambes avec une multiple chirurgie et après quelques jours à l'hôpital "Purpan" je reviens au centre de rééducation fonctionnel toujours dans le même centre mais cette fois-ci dans un autre secteur. 
J'étais dans cette chambre clouée à mon lit et plâtrée au niveau de mes jambes, j'avais mal. Et le premier à entrer dans ma chambre c'était toi Benoît, même si les infirmières te disait de partir toi tu restais là en me disant "wouah tes plâtres sont immenses il faut que je te les tague". Et puis au fur et à mesure des jours tu es resté là près de moi omniprésent toujours là pour jouer une partie de GameCube ! 
Je commençais à aller mieux mais toujours clouée à mon lit (ça a duré plus d'un mois) et puis un soir il faisait nuit, une infirmière me donne une carte en me disant "quelqu'un m'a demandé de te donner ça". Je l'ouvre et j'y découvre une lettre remplie de cœurs et puis le téléphone sonne c'était Toi et tu me dis "Pour la lettre c'est moi, je suis tombé amoureux de toi dés la première seconde où je t'ai vue" je te répondais "ah bon ? Et j'ai fais quoi de particulier" et tu m'as dit "Rien, tu es spéciale, t'es belle et pas que physiquement t'as un beau cœur et par dessus tout tu n'as aucune pitié envers moi" Et depuis ce jour-là on ne sait jamais quitté. 
On s'est aimés comme ce n'était pas permis bien sûr on c'est disputés comme tout le monde mais 5 minutes après on se retrouvait parce que entre nous c'était beau c'était fort !
Je me souviens le jour où tu m'as présentée à ta maman et ton frère jumeau tu avais dis "Je vous présente la femme de ma vie !" Et a y penser aujourd'hui tu avais parfaitement raison. Les jours ont passé avec toujours autant de bonheur et de joie de vivre. Jusqu'au jour où j'ai compris la réalité de ta maladie parce que tu ne laissais rien paraître.
Une Sclérose en Plaques si jeune normalement on a cette maladie vers les 30 ans et toi tu l'avais déjà. Je me souviens de tes injections je t'y accompagnai pour te soutenir. Et puis un soir allongé près de moi tu me dis "Tu sais Nana moi je vais pas vivre longtemps je vais mourir jeune je ne serai pas toujours comme je suis aujourd'hui je sais que la maladie va tout me reprendre mais ne t'en fais pas je serai toujours là je serai ton étoile je serai là pour toi" 
Ce jour-là j'ai compris pourquoi tu vivais à fond j'ai compris pourquoi tu courrais toujours au lieu de marcher j'ai compris toutes les pires conneries que tu pouvais faire comme "renverser 4 kilo de billes dans les couloirs ou même inonder les couloirs de l'hôpital, j'ai compris pourquoi tu riais en permanence rare sont les fois où je t'ai vu pleurer. 
Et en Septembre 2004, c'était la rentrée de la 6ème mais moi je suis arrivée qu'en octobre parce que j'étais toujours en rééducation intensive afin de quitter mon fauteuil roulant pour un déambulateur. 
Je me souviens mon frère m'avais accompagné ce jour-là et encore une fois Benoît tu as étais le premier à m’accueillir. Toujours là pour moi mon ange gardien.
S'en ai suivi deux années de fous rires et de moments moins faciles. Je me souviens qu'un jour pendant la recré je m'étais assise sur un banc et toi au dessus de moi en train de me parler et puis la sonnerie sonne et tu me dis je suis coincé. En effet c'était un banc en ferraille plein de trous et toi tu t'étais coincé les doigts dedans. 
On avait tout essayé pour te sortir de là mais impossible et tu fatiguais de rester debout parce que tu étais en train de perdre la marche à ce moment là. Et on a pas eu d'autre choix que d'appeler les pompiers et ils ont dû scier le banc ! Il n'y avait que toi pour faire ce genre de chose d'ailleurs tu m'avais dit "Il n'y a qu'un seul Benoît comme moi" Tu avais raison. 
Vers l'âge de 13 ans tu te mettais à fumer et tu disais "Autant que je teste tout dans la vie parce que la mienne va être courte" Du coup, je t'ai laissé faire. Et puis est venue l'étape du fauteuil roulant. Parce que tu ne faisais que tomber à chaque pas un peu plus chaque jour. La kiné t'apporte ton fauteuil et tu lui as dis "T'es qu'une salope tu crois que je vais me mettre dedans si je m'y assois ça voudra dire que je ne pourrais plus jamais en ressortir" Tu avais une telle conscience des choses pour ton âge une telle maturité c'était frappant !
Puis tu as fini par accepter et moi j'ai fini par quitter mon déambulateur pour retrouver mes roulettes à mon tour parce que la vie est comme ça et on était liés. 
Et un jour au moment du repas après une hospitalisation je te vois très mal tu tremblais tellement que tu ne parvenais plus à manger tout seul. Je me souviens de ta colère tu pétais les plombs tu jetais toutes les assiettes et tu criais  "Regardez comment je deviens regardez-moi !" Deux infirmières te faisaient manger une pour te tenir la tête et l'autre pour t'aider à amener la cuillère vers ta bouche. Je me souviens de tes larmes et de ton désespoir, face à cela avec ton meilleur ami on avait décidé de prendre ce rôle alors on t'a fais manger comme ça tu restais avec nous à table.
Ce fut une période tellement difficile que tu as été obligé de quitter ce centre pour un autre et moi j'ai quitté Toulouse pour la Rochelle suite à la séparation de mes parents. Mais on était toujours en contact et on essayait de se voir quand on pouvait...
Puis l'année 2010 est arrivée, je me fais opérer de la colonne vertébrale à cause d'une scoliose aggravée. Je retourne donc ensuite au service où on s'est connus et puis une amie me dit que tu es mal très mal que la maladie prend le dessus que tu ne parles plus trop... 
Face à ça clouée à nouveau dans mon lit je demande à ma mère d'aller prendre de tes nouvelles à l'autre centre elle essaye et on lui refuse l'accès.
Et vient le jour où je quitte mon lit et ma kiné me descend au rez-de-chaussez, je sors de l'ascenseur et je vois quelqu'un en fauteuil roulant qui ne bouge plus qui a le regard vide. Je réfléchis pendant une demi-heure parce que ce visage me disait quelque chose. Je sors de ma séance de kiné et là j'ai compris que c'était toi je crie à ma mère "Maman j'ai croisé Benoît !" 
Du coup, je remonte et je demande à te voir car du coup on était à nouveau dans le même service ! Et on me donne le numéro de ta chambre et je te vois on se regarde et un immense sourire apparaît sur ton visage ! 
J'entends ta voix qui n'est plus vraiment la même car tu étais en train de la perdre. Mais au fil des jours on trouve des codes pour se comprendre on se comprenait si bien, que souvent même les infirmières venait me chercher pour comprendre ce que tu voulais dire. A ce moment là tu as tout juste 19 ans et moi bientôt 18 ans. 
Pendant 3 mois on redevient inséparables présents l'un pour l'autre, tu étais toujours le même souriant racontant toujours des blagues ou alors en faisant des bras d'honneur au infirmiers qui ne voulaient pas te mettre dans ton fauteuil ! 
Un jour au centre notre éducatrice décide de faire de la barbe à papa toi tu ne mangeais plus que des choses liquides et ce jour-là on te donne de la barbe à Papa et je vois tu t’étouffe tu tousses de toutes tes forces... Je prends alors conscience que tu luttes pour respirer ! A chaque crise de toux ou parce que tu étais encombré je te tenais la main ou t'appuyais sur ton torse pour t'aider à cracher. Je suis là pendant les séances de kiné, pendant les aérosols.. Et puis ça passe tu vas un peu mieux j'avais même réussi à te faire prendre 3 kilo et avec ta maladie ça relevait du miracle ! 
Et puis vient la fin de ma rééducation pour mon dos il est temps pour moi de revenir à La Rochelle et toi tu partais dans un nouveau foyer médicalisé à St Girons. Je me souviens notre séparation était si difficile parce que quelque part on savait que c'était la fin de quelque chose.
Tu part au foyer on reste en contact on s'écrit on s'appelle et on se voit quand je descends à Toulouse... 
En 2013 alors que je fais une demande pour revenir habiter dans le sud on se donne rendez-vous place du capitole et là je te vois tu as perdu la parole mais tu parviens encore à me tenir la main. 
Ce fut une étape encore difficile de me dire que je n'entendrais plus le son de ta voix. Mais toi, tu es là et tu me dévores des yeux et tu bouges juste les lèvres pour me dire oui ou non. Et on continu comme ça on trouve des codes pour communiquer on s'adapte mais tu es désormais prisonnier de ton propre corps.
Entre temps, je trouve un appartement sur Toulouse du coup tu viens parfois avec ton infirmier à la maison là on parle et je dis ton rêve le plus cher qui était de sortir un recueil de tes poèmes parce que tu as écrit autant que tu as pu le faire. Mais encore actuellement on a pas pu sortir ton livre et à ce jour c'est mon seul regret. 
Puis un jour tu viens à la maison et je t'avais fais la surprise de t'amener ton meilleur ami et ce fut une joie mais aussi une immense tristesse parce que ce jour là j'ai appris qu'il ne te restais plus que quelques mois à vivre. 
Mais qu'importe tu as tenu trois années supplémentaires et je t'ai toujours soutenu je te l'avais promis...
Je suis venu te voir pour la dernière fois fin avril 2016. Je ne savais pas que c'était la dernière fois mais quand tu as entendu ma voix tu as fais un malaise parce que tu ne parvenais plus à me voir c'était dur tu me cherchais du regard. Je suis restée toute la journée à tes côtés dans l'unique but de t'apporter de l'amour et essayé de te faire rire. Puis je suis partie sans savoir que c'était la dernière fois que je te voyais. Je t'écrivais toujours et je prenais de tes nouvelles.
Et Lundi dernier le 11 Juillet 2016 le foyer m'appelle pour me dire que tu t'es envolé le dimanche 10 Juillet 2016. Tu es partie le jour où le Portugal à gagné pour l'euro sachant que tu étais Portugais pour moi ce n'est pas du hasard parce que ce soir là j'ai été envahie de papillons chez moi et il y en avait aussi pendant le match. Je suis persuadée que c'était Toi.
Depuis ce jour, je survis parce que c'est difficile j'ai l'impression qu'on m'a arraché le cœur quand j'ai appris ton départ j'ai hurlé, j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps j'ai hurlé ton nom et hurlé que je t'aime... 
De toutes les épreuves de ma vie c'est celle-ci la plus dure parce que je t'ai perdu tu étais mon tout, mon meilleur ami, mon amour, mon confident, mon frère, mon double, mon pilier dans la vie... 
Du coup tu vois c'est dur d'avancer j'ai plus envie de rien j'en ai même arrêté de manger et de dormir. Mais je sais que maintenant tu es libre de ton corps, libre de respirer, libre de rêver.
Mais j'aurais tellement rêvé que cette foutue Sclérose fasse une pause. Tu es parti à l'âge de 25 ans c'est trop tôt pour rejoindre les nuages mon ange tu méritais tellement une autre vie tu étais tellement incroyable tu étais tellement toi. 
En apprenant ton envol, j'ai eu envie de tout arrêter mais ce blog auquel je tiens tant. Mais si j'arrête ici ça serait donner raison à cette foutue maladie et tu ne serait certainement pas d'accord ! 
Alors je te fais la promesse de continuer de continuer pour toi et avec toi. De continuer à vivre pour te montrer au travers de mon âme tout ce que tu n'as pas eu le temps de vivre. Je vais m'engager pleinement dans le combat contre la Sclérose en Plaques pour combattre en ton nom ! 

Je te promets d'être forte encore plus forte que je l'étais déjà et pardonne-moi si parfois je craque mais c'est dur la vie sans toi. Mais merci pour tes jolis signes que tu m'envois je sais que tu es là près de moi.


J'aurais pu finir ce long article par dire que tu laisses un vide et que j'en souffre beaucoup. Mais pour finir j'ai juste envie de te dire merci, merci d'avoir fait en sorte que je devienne la femme que je suis aujourd'hui. Merci de m'avoir aimée pour ce que j'étais et d'avoir donné un sens à ma vie. Merci d'avoir été de passage dans ma vie mon ange gardien.

Je t'aime et t'aimerai au-delà de la mort et s'il-te-plaît attends moi..."

7 commentaires:

  1. Votre histoire est magnifique ... J'ai du mal à trouver les mots tellement je suis émue. Bien sûr, je ne peux pas imaginer à quel point ça doit être difficile d'avoir vu celui qu'on aime souffrir à ce point et partir aussi jeune. La vie est vraiment injuste ... Mais tu fais preuve de beaucoup de courage pour écrire cette histoire et je suis sûre que Benoît est très fier et veille sur toi. Continue de te battre !

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  2. Votre histoire est magnifique. Je n'ai pas les mots pour te dire tout ce que je ressens... Tu es une jeune femme très courageuse ça c'est clair et net et je suis sûre que Benoît est très fier de toi de là haut. Il sera toujours près de toi et dans ton coeur. Continue ta bataille. Tu m'as l'air d'être une fille géniale et avec un grand coeur. Je t'envoie toute mon amitié.

    Fanny du Blog Jolihibiscus

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  3. Ton article m'a beaucoup émue, ton récit et magnifique. Je te souhaite beaucoup de courage dans ton deuil et dans ton combat contre sa maladie

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  4. Ton histoire est tout simplement bouleversante..
    Je trouve ça beau qu'un lien aussi fort ai pu vous unir malgré la maladie, et que tu ai pu lui apporter cette chaleur dont nous avons tous besoin jusqu'au dernier moment.

    Je te souhaites beaucoup de courage pour surmonter cette épreuve, et t'envoie tout mon soutiens ! :*

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  5. Je pleure! Quelle belle histoire d'Amour! Et quel chagrin pour ce jeune homme parti si tôt. Une étoile de plus dans le ciel et je suis sûr qu'il veillera toujours sur toi! Je ne doute pas que tu feras de grandes choses. Courage!

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  6. Plus qu'un article, une histoire très émouvante entre deux êtres uniques.
    Merci de nous confier ce qui fait entièrement partie de vous et qui restera votre force à jamais.
    Je vous encourage à réussir à poursuivre son combat contre cette terrible maladie.

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  7. Magnifique témoignage d Amour , Bouleversant. ��

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